Événement
IT à impact : quand le Numérique Responsable créé du ROI pour les DSI

Le 17 mars dernier a lieu la Journée du Numérique Responsable, évènement organisé depuis 4 ans par l’association ADN Ouest et rassemblant tous les acteurs locaux soucieux d’un numérique plus éthique et vertueux. A cette occasion, Matthieu Poulard, CEO et co-fondateur d’Aguaro, est intervenu lors de la table ronde “IT à impact : quand le Numérique Responsable créé du ROI pour les DSI”, animée par Lucie Boigné, consultante Senior chez Wavestone, aux côtés de Naïm Rebouh, Architecte Infrastructure Datacenter au sein de la DSI de la branche Grand Public et Numérique (BGPN) de La Poste.
Objectif premier de cette table ronde qui a alterné cadrage conceptuel, retours d’expérience et recommandations pratiques : aborder le numérique responsable (NR) non pas sous l’angle - crucial - environnemental ou éthique habituel, mais sous celui de la performance économique et opérationnelle des DSI. Retour sur les enseignements et recommandations clés de cette conférence.
Le Numérique Responsable, un levier de décision, de performance et de résilience sous-exploité
Un ROI multidimensionnel
Outre la réduction des impacts environnementaux - empreinte carbone, exploitation des ressources (eau, matières premières critiques entre autres), biodiversité… - , la notion de ROI du numérique responsable couvre différents types de gains :
Economiques : mettre en place et déployer concrètement une démarche numérique responsable permet de maîtriser et réduire les coûts IT, qu’il s’agisse de dépenses énergétiques (en simplifiant le parc applicatif ou en questionnant le besoin face à des serveurs pouvant être surdimensionnés par exemple) ou d’achats de nouveaux équipements en allongeant la durée de vie de ceux déjà présents dans le parc informatique.
Sociaux : l’accessibilité numérique permet de rendre les contenus et services numériques compréhensibles et utilisables par le plus grand nombre. Par ailleurs, une stratégie Numérique responsable - et plus globalement RSE - robuste, nourrie par la donnée et mesurée dans le temps, favorise la marque employeur et la rétention des talents, ces derniers étant de plus en plus vigilants quant à l’ambition et à la sincérité des engagements environnementaux de leur organisation.
Réputationnels et commerciaux : tout comme l’attraction et la fidélisation des équipes, les actions concrètes et réfléchies sur le long terme contribuent favorablement à l’image de marque des organisations. Pour les acteurs du B2B, notamment les entreprises du numérique, l’engagement environnemental devient un critère de sélection et/ou un levier de différenciation dans un nombre croissant d’appels d’offres.
Formidable levier de performance, une stratégie Numérique responsable permet également d’adresser un grand nombre de risques critiques : non-conformité (aux lois REEN, AGEC, à la CSRD…), cybersécurité (qualité des inventaires, dette technique…), dépendances énergétiques - l’Europe important plus de 90% de ses énergies fossiles* - ou aux matières premières - chaque PC ou téléphone comportant plus de 50 métaux différents, dont la moitié en risque de pénurie selon l’UE -.
Un budget malgré tout marginal
Les chiffres sont confidentiels mais le budget alloué au numérique responsable reste insignifiant au regard du budget global de la DSI d’une grande organisation - bien en dessous de 0,01% vs 5 à 10% alloués à la cybersécurité -, alors même que les gains potentiels sont substantiels : réduction de 20 à 40 % de la consommation énergétique des datacenters, de 10 à 25% des coûts liés au Cloud, ou encore de 10 à 15 % des coûts d'approvisionnement grâce à une démarche d’IT circulaire et à l'acquisition d'appareils reconditionnés, selon l’association SustainableIT.org.
Mesure financière et mesure carbone ne s’opposent pas : bien au contraire, elles se complètent, permettent d’éclairer les zones d’ombres, et nourrissent la prise de décision.
L’explosion des impacts de l’IA
Les usages autour de l’intelligence artificielle - notamment générative - se développent de manière exponentielle et entrainent avec eux une augmentation toute aussi brutale des coûts, dépendances et risques associés. Pourtant, le ROI financier de l’IA n’est pas toujours calculé, les impacts restent méconnus et les gains environnementaux associés [AI for Green par exemple, ndlr] sont encore peu mesurés. Il est donc urgent d’y appliquer la même logique de pilotage, financière ET environnementale, sur le modèle de l’association GreenOps/FinOps.
Concevoir, opérationnaliser et pérenniser sa stratégie Numérique Responsable
Comme l’a démontré cette table ronde, le numérique responsable n’est pas un coût supplémentaire, c’est un formidable levier pour générer des gains réels et mesurables. Et la clé d’un déploiement réussi de cette démarche et de sa pérennité réside dans la mise en œuvre d’une stratégie Data Driven - et ce dès le démarrage -, le sponsorship de la direction et l’implication des opérationnels. Plusieurs recommandations ont été partagées.
Mesurer & tester
Il est essentiel de commencer par la mesure : “pierre angulaire” de toute démarche, elle permet de révéler les coûts environnementaux - et autres - cachés.
Démarrer sur des cas pilotes concrets, avec un périmètre bien déterminé, permet d’obtenir rapidement des preuves de valeur tangibles.
Rallier la direction
Chiffrer les gains en euros, en tonnes de CO₂, en kilowattheures, s’avère essentiel pour convaincre la direction, anticiper les structures de coûts IT futurs, définir une stratégie pertinente et mettre en place les plans d’actions adéquats, d’autant que “Tous les euros ne se valent pas” comme le dit Matthieu Poulard, faisant référence à la volatilité des coûts liés aux dépendances énergétiques fossiles.
Une personne seule ne peut porter ce sujet majeur : il est essentiel de constituer une équipe centrale avec une gouvernance claire tout en s’appuyant sur des relais opérationnels, dans les différentes équipes, qui apporteront leur expertise Terrain.
Engager les équipes
Impliquer les opérationnels au plus tôt est indispensable, même avec des données imparfaites : détenteurs des informations, leur questionnement améliore la fiabilité des données et crée une dynamique d'appropriation du sujet.
Eviter le jargon technique et s’adapter au vocabulaire - et attentes - de ses parties prenantes (chefs de projets ou produits, financiers ou encore décideurs) facilite la compréhension et l’adhésion.
Former les équipes - via des MOOCs, des certifications - permet de les sensibiliser aux enjeux et bonnes pratiques du numérique responsable.
S’appuyer sur la logique de comparaison par les pairs et la mise en lumière des pratiques vertueuses plutôt que sur des grands programmes descendants encourage l’émulation et l’action individuelle.
Contrôler les effets rebonds
La question de l’usage doit être systématiquement et explicitement posée : l’optimisation doit d’abord viser à renoncer à la capacité inutile, pas à la réallouer automatiquement.
Tout nouveau projet doit être éco-conçu ; cette mise “sous contrainte” des chefs de projets et ingénieurs peut sembler délicate : pourtant elle favorise l’innovation et réduit les coûts in fine.
Merci à ADN Ouest, Lucie Boigné et Naïm Rebouh pour ce moment de partage passionnant !
* source : Eurostat
** source : Wavestone


